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Si je veux retrouver la source de mes rivières infranchissables, alors il me faut aller puiser assez profondément dans le temps. Et tant pis si la nostalgie n’a pas vraiment la cote en notre époque furieusement en marche, laquelle se plait à y voir le levain romantique d’un possible passéisme politique et un empêchement à la nécessaire adaptation des hommes au cours du monde ; au mieux un sentiment ombrageux et malsain. Du haut de ma seule échelle individuelle pourtant, j’ai fini par accepter l’idée que ce que j’étais, comme homme, comme écrivain, tenait en large part à ce que je fus. Ce que je fus ? Un enfant et un adolescent à la fois espiègle et sombre, contemplatif et rageur, volontiers tenté par les marges mais sensible par-dessus tout à la douceur, à la tendresse, à certains élans purs. Moi qui ai longtemps professé une sorte d’éthique de l’engagement, me voilà donc renonçant aux raisonnements, aux théories, aux objurgations morales et autres édifications, me voilà délaissant le général pour ne me laisser envahir que par des sensations particulières et attendre que montent en moi, jusqu’en mon écriture, ces choses infimes qui ne disent rien du monde mais fondent une singularité. Me voilà m’examinant, moi-même et ma génération, au reflet sensible que nous présente le petit miroir du temps. Sans doute suis-je en cela, comme tant d’autres, enfant du grand désenchantement spirituel, idéologique et prométhéen – et sans doute, demain, dira-t-on le plus grand mal de nous.

 

Peut-être aussi arrivé-je à un âge où il m’est difficile de ne pas éprouver la pression qu’exerce cette espèce de cheville ou de levier qui accélère la bascule du temps. Il est probable que cet « effet cliquet » explique en bonne part l’envie de revisiter mes premiers émois amoureux, certes pour le plaisir un peu régressif – donc délicieux – d’exhausser quelques sensations de jeunesse, mais aussi pour donner à mon être amoureux son caractère définitif et contemporain. Car c’est là malice de toute nostalgie bien comprise : elle confère au présent une densité renouvelée. À cette aune, et pour peu que l’on accepte de le lire entre les lignes, Il y avait des rivières infranchissables constitue donc autant un retour sur moi, un retour égocentrique si l’on veut, qu’une déclaration de confiance et d’amour à mon devenir – autrement dit à la femme que j’aime au présent.

 

Je sais bien par ailleurs comment et pourquoi le travail sur ce recueil a pu modifier, réformer mon écriture. Je passe sur le défi littéraire – esthétique, disons – que représentait la perspective d’un livre s’attachant à explorer le domaine tellement visité déjà des amours enfantines et adolescentes ; ce défi m’enchantait, m’amusait même : j’ai toujours pensé qu’il était possiblement autant de manières de dire l’amour que de le vivre. Reste que pour la première fois (et j’ai envie d’y voir un autre point de bascule, mon entrée dans un autre temps de la vie induisant l’entrée dans un autre temps de l’écriture), je n’ai écrit qu’à partir de ce qui montait en moi, cette mémoire extrapolée ou raccommodée, pure quoique travaillée, taraudée par le temps, ces mots simples et premiers qui viennent à tout être éprouvant un sentiment trop nouveau ou trop fort : j’ai délaissé mon être littéraire conscient et n’ai rien souhaité d’autre qu’écrire sous le seul empire des sensations recouvrées. Mon seul travail alors fut de les apprivoiser, de les alléger de leur tendance naturelle à l’affectation ou à l’outrance, de les nettoyer d’une chair toujours un peu trop grasse, de les désosser afin de dire au mieux ce qu’il peut y avoir d’absolument universel dans la singularité infinie d’une émotion particulière. Au fond, je n’ai pas tant voulu sublimer mes petits émois amoureux, eussent-ils été fondateurs, que dire la grande beauté des petites choses et le continuum amoureux qui n’en finit pas de bousculer nos vies. Il m’a seulement fallu pour cela reconnaître – comme on reconnaît un frère – la part de romantisme dont je suis aussi fait.

 

Portrait de Marc Villemain  : isabellesimon©sipa

Plonger et respirer à nouveau

Le Off de La Grande Roue reste un mystère. Pour mes précédents livres, un processus régulier s’était mis en place. Une longue période de grossesse, souvent plus d’une année, et un accouchement sur le papier de quatre à six mois. Mais là, je n’ai rien...

J’écrivais en baissant la tête

J’écrivais en baissant la tête, en m’excusant, j’avais été trop aimée par mon père. Il fallait que je me fasse pardonner. Un jour, c’était le 15 juillet 2015, j’ai compris que c’était ainsi, j’étais ainsi, que je n’avais rien à me faire pardonner, et j’ai...

Au commencement était le titre

Au commencement était le titre. Je commence toujours par le titre. Le fond d’écran de mon ordinateur est ainsi constellé de petits dossiers (vides) portant chacun un titre, autant de points de départ qui ne mèneront peut-être nulle part mais qui...

Tu devrais en faire un livre

« Tu as vécu tellement de choses, tu devrais en faire un livre », étaient les mots des quelques personnes de confiance à qui je racontais des bribes de ma vie. Il y a quelque chose d’angoissant à livrer les pans de cette vie, par où commencer? Par...

Je n’avais plus rien à lire

Je n'avais plus rien à lire. J'en avais marre des jolies histoires pour post instagram avec tasse de thé. Je cherchais un livre direct, tranché, rapide, décomplexé. Je ne trouvais pas. J'ai décidé de l'écrire moi-même. Je voulais un livre comme un bon (ou...

Le sang vif d’une adolescence étouffée

C’est chaque fois la même chose. Le même coup au cœur, la même excitation. Ça commence par quelques mots, trois fois rien et c‘est la multiplication des pains, un rêve qui ne sait rien de lui-même, qui se déroule inexorablement, se révèle dans sa...

Où sont les femmes ?

Où sont les femmes ? Chanson envoûtante de Patrick Juvet. C’est bien ma question, permanente. Elle me gratte comme un bouton. Parce que ça me demande, du coup, et moi, où je suis ? Est-ce que je suis à ma place ? Elle est où ma place ? Et ça me renvoie aux...

Pourquoi je n’écrirai pas sur « Le fils perdu » !

Les personnes qui me côtoient diront, je l’espère, que je suis une personne affable avec laquelle il est aisé de communiquer. J’aime parler avec les gens. J’aime écrire également autre condition essentielle dès lors que l’on passe plusieurs heures par jour...

I wanted to kill off characters in a way not done before (traduction)

DNA is the first book of a new series and as such it was fantastic to write. Every character was starting out on their journey through the pages, with no baggage from previous, older books and thus the opportunities were endless. Before starting I had made...

Un livre sans fin

J'ai commencé à écrire Le livre de la faim et de la soif en 2009. A l'époque, les prophéties étaient nombreuses, qui annonçaient la mort du livre, la fin d'une civilisation du papier, de la forme du codex. Ces prophéties sur la fin des temps - cet esprit...

Mon défi est d’entrer dans le désir d’une femme

Je m’en souviens très bien. C’était un samedi matin, j’ai regardé mes trois filles réunies dans le salon et je me suis dit : c’est incroyable, j’ai trois enfants et cela n’a jamais été un sujet pour moi de pouvoir en avoir ou pas.   À partir de là, je...

Ce que je fus ?

Si je veux retrouver la source de mes rivières infranchissables, alors il me faut aller puiser assez profondément dans le temps. Et tant pis si la nostalgie n’a pas vraiment la cote en notre époque furieusement en marche, laquelle se plait à y voir le...

Du corps humain au World Wide Web

Le Off de mon livre, c’est ce grand carnet dans lequel je notais des idées, des données, des évènements, des renseignement sur des personnages à partir desquels se bâtissait l’intrigue. Un jour, je travaillais sur un point, puis un autre jour, sur un...

Je voulais écrire un petit roman anecdotique

D’abord, je voulais écrire un petit roman anecdotique, à propos d’une énigme policière jamais résolue (après deux livres épais sur de grands destins tragiques et douloureux, des histoires de malchance et d’injustice, j’avais envie de quelque chose de plus...

Décrire sans rien inventer

La fille à la voiture rouge est un roman directement inspiré d’une histoire que j’ai vécue entre 2008 et 2014 avec une étudiante de la Sorbonne, de 19 années ma cadette. Ce roman renoue avec la veine autofictionnelle délaissée ces dernières années.  ...

J’étais emmerdé

L’été dernier, j’écrivais à Bernard Barrault mon éditeur un sms un peu emmerdé où j’essayais de lui dire, sans lui dire vraiment, que je n’avais pas avancé sur le roman que je lui avais promis. Je sais que cette formule peut paraître bizarre, mais il me...

Ramasser au sol ma dépouille de Mère

 «Putain que ça fait mal. Ma peau s’épaissit, une crête me pousse au sommet du crâne, une femme-lézard apparaît. La femme-lézard ne parle pas, elle grogne. Elle n’a ni pudeur ni dignité. Elle veut que le bébé sorte de son ventre.»   J’ai écrit ce...

Je collectionne vingt-deux lettres de refus

Je suis linguiste de formation. Mon premier roman était basé sur une étude imbittable, enrobée avec une histoire policière. Je l’ai envoyé à diverses maisons espagnoles (à l’époque je vivais à Madrid), qui l’ont refusé de même que le suivant sur une...

Et alors ?

"Et soudain, la liberté" est né d'un rendez-vous, bien sûr un rendez-vous, puisqu'il n'y a pas de hasard (Eluard). Celui d'une éditrice et d'une auteure ; celui de deux amies qui ne se connaissaient pas encore, quoique la vie les ait déjà, par un miracle...

La différence est une force. Un superpouvoir même

Avec le Monde de Tom l’Éclair, j’ai voulu plonger le lecteur dans le quotidien de Tom, un enfant différent dans les années 60. Opter pour l’enfance et les années 60, ce n’était pas pour moi faire le choix du repli nostalgique vers un soi-disant vert...

Tes clients sont étranges, mais toi ?

Au fond, j’écris toujours sur quelque chose qui m’échappe, qui m’étonne, que je ne comprends pas. Or tout m’étonne, et surtout et d’abord le fonctionnement humain. Par exemple, notre aptitude à nous fabriquer des limites, des prisons mentales. Le salariat...

J’ai toujours adoré les histoires d’espions

J’étais attelée à l’écriture de mon premier roman « Le journal de Mary », lorsque, dans un moment de désespoir – je découvrirais plus tard que tous les écrivains connaissent ces montagnes russes émotionnelles où l’on alterne entre des périodes d’intense...

Allez, je dis tout !

Allez, je dis tout. Ma mère est décédée en Juin 2014, des suites d’une maladie qui lui avait fait perdre une partie de la mémoire et de son rapport au réel, à son entourage. J’ai assisté pendant un an à la lente dégradation de sa conscience et à mon...

Et puis Penelope est arrivée

Cela fait trente ans que j’écris. Je suis journaliste. J’ai beaucoup réécrit aussi. Mais un livre, non vraiment merci !   Et puis Penelope est arrivée. Pas sur son cheval comme Zorro (et pourtant elle en a plein des chevaux, Madame Fillon). Le...

En love mineur

La nouvelle, j’en avais fait le tour. Après cinq recueils et plus de soixante-dix textes, je pensais qu’il était temps de passer à autre chose. D’explorer d’autres territoires, de relever d‘autres défis. Mais après « Nous dormirons ensemble », un accident...

L’envers de la fortune

Quand elle passe les grilles du château, l’étudiante découvre un monde de luxe et de raffinement, à mille lieux de son quotidien dans le sous-sol humide d’un pavillon. « Mathilde le sait, si elle rate sa deuxième année, elle passera directement du pôle...

La même interrogation depuis des années

Je pense que l’écriture de ce roman est née de la rencontre d’au moins deux choses. Il y a d’abord eu cette vieille interrogation qui me suivait depuis des années et qui était parfois presque douloureuse. Pourquoi certaines personnes semblent-elles...

Un livre sur la résilience

Au départ, il y a une situation de maltraitance professionnelle vécue de près, dans ma sphère personnelle. Et puis, parce que je côtoyais ça au quotidien et que j’en parlais autour de moi, la prise de conscience que c’était sans doute beaucoup plus répandu...

En me jetant dans la Seine, j’ai plongé dans l’écriture

« Joyeux suicide et bonne année ! » mon premier roman est né de deux drames séparés. L’un date du 16 mai 2014, jour où j’ai du sauter dans le canal, quai de Seine, pour sauver un suicidé de la noyade. Le second, plus flou, s’est produit quelques mois plus...

Il fallait que j’aille au bout

Ce livre est né sur les rives du bois de Boulogne, entre deux foulées avec un ami joggeur qui me confiait son intention de réaliser un documentaire sur Hitler et les salopards qui l’entouraient. Je lui ai parlé de Magda Goebbels, célèbre épouse du...

Les personnages qui nous font

Il existe, dans une région montagneuse des Balkans, une tradition fascinante : celle des vierges jurées. Ces femmes font le sacrifice de leur sexualité et de leur maternité pour obtenir les droits et les devoirs des hommes. La littérature, lorsqu’elle fait...

Pisse-froid s’abstenir

De quoi demain sera-t-il fait ? est l’axe autour duquel se décline J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus). J’imagine que cette interrogation universelle a pris corps avec les premières manifestations de la réflexion créative chez Sapiens...

Traquer l’ombre sous la proie

État des lieux   Je crois qu’aussi longtemps que je m’en souvienne on ne m’a pas laissé le choix. Je devais être forte. J’ai dormi longtemps avec, au-dessus de mon lit, un tableau censé énoncer les caractéristiques de mon prénom : il semble qu’Astrid,...

Pas de progrès sans erreurs

Écrire, c’est avant tout réécrire. Au moment où j’écris une deuxième version du texte que vous allez lire, une idée lumière m’est apparue. Le genre d’idée qui provoque une sensation de plénitude. Le temps ralentit, et le monde paraît soudain plus lisible....

Ce roman est né d’une insomnie

Avant de devenir un texte, « David Bowie n’est pas mort » a d’abord été une longue insomnie, débutée au printemps 2015. Ma mère est décédée subitement à cette époque, et durant de très nombreux mois, chaque soir, dans mon lit, je me repassais le film de...

Un roman d’amour sur l’amitié

Ma meilleure amie est réalisatrice de films. Un jour elle m’a dit : écris-moi un livre que je pourrais adapter au cinéma. Je n’ai même pas cherché : j’allais écrire sur nous, sur l’amitié qui est un sujet vers lequel je suis toujours allée en tant que...

Un appel sans destinataire

Les années passant, tu ne cesses d’être saisie par le mystère que représentent, pour toi, les visages de tes proches. Un mystère qui va en s’épaississant, et plus tu en apprends sur ceux qui t'entourent, plus te frappent leurs points aveugles, leur...

Pour la première fois, je ne parle que d’émotions et d’amour

  Cela faisait un moment que je voulais travailler sur un texte dans lequel l’Histoire serait absente. L’Histoire avec un grand H. C’est ce que j’avais fait jusque-là, et je voulais me colleter à un texte dans lequel seule l’histoire des personnages...

J’ai grandi au rythme des personnages

Marquée par mes propres expériences dans l’entreprise, nourrie également d’ethnologie et de sociologie durant mon cursus, je tente de déchiffrer à travers la fiction les mécanismes qui vont de pair avec ce que l’on nomme « la génération Y », les personnes...

Comment sont nés mes oiseaux morts

« Il faut que je retrouve la citation exacte de ce plumitif du XVIIIe siècle (l’abbé Pluche, je crois) que j’ai mise il y a bien des années en exergue à un de mes livres : “Je ne sais rien sur ce sujet, il est temps d’en faire un livre.” » — Patrick...

Le temps qui passe est au cœur de ce roman

Les titres de travail des romans ont leur importance. Ils sont un peu comme ces noms secrets murmurés à la lune à la naissance d’un enfant dans certaines régions d’Afrique. Ils ne sont connus que de leurs parents, et disent tout de ceux qui le portent. En...

Les sœurs savantes

De Marie Curie, je savais cela : naissance en Pologne, installation en France, chimiste. Pierre Curie. Deux Prix Nobel, et le Panthéon. Dans ses biographies, une phrase : « Elle quitte Varsovie, et rejoint sa sœur Bronia à Paris. » Diantre ! Sa sœur à...

Ma rencontre avec Proust

Je ne sais pas pourquoi mais je me souviens de ma rencontre avec Proust. Ou, pour être plus honnête, plus franc, je sais très bien pourquoi je m’en souviens. Il y a avait une bibliothèque municipale sombre et poussiéreuse. Une vieille bibliothécaire, myope...

« Tu n’as pas un corps de femme »

« Tu n’as pas un corps de femme ». Le livre est né de cette phrase, jetée après une dispute, ouvrant la porte à une rupture. Il faut croire à l’élan créateur pour dire la plénitude de l’existence, la beauté des choses, la douceur des êtres. Il faut aussi penser que...

L’oppression des femmes abaisse aussi les hommes

Au départ, je voulais écrire une nouvelle sur le thème: " 24h de la vie d’une femme " (titre hélas déjà pris), avec cette particularité que la femme en question, ce serait une jeune femme intelligente, vive, cultivée mais qui passerait cette journée...

Je pratique une littérature du passage

Je pratique une littérature du passage. Dans tous mes livres, les personnages arrivent et repartent. Ils passent à travers des univers de toutes sortes, ils passent à travers eux même. Et dans ces passages, il n’est pas écrit à l’avance que certains êtres...

La honte, ce dégoût de soi lui nouait les entrailles comme une mauvaise colique

Le cœur du Chemin des fugues ?   Une histoire d’amour. Ou plutôt le refus d’une d’amour entre Chaunier, un journaliste sexagénaire en fin de carrière, communiste à l’ancienne, échaudé par ses précédentes expériences affectives et l’Orangée de Mars,...

Serais-je capable un jour de trouver d’autres histoires à raconter ?

Après une année émotionnellement dense (le décès de ma grand-mère paternelle, suivi du vide et de la vente de sa maison, mais aussi de la publication de mon premier roman), j’ai éprouvé le besoin, en ce début d’été 2017, d’entreprendre un grand nettoyage...

Ecrire à deux, ne faire plus qu’une

L’origine de notre livre Gabriële c’est : Ecrire à deux, deux soeurs, deux styles, deux voix, une enfance. Ne faire plus qu’une. Une somme, une quête, un écheveau qu’on débrouille, un chemin. Fabriquer un meuble à mille tiroirs, remplis de miroirs et de...

J’ai mis un peu de moi dans chacun des personnages

Une Ile sans nom, une maison de verre et d’acier au-dessus d’une falaise, une famille, les Mortemer, où seules les femmes ont survécu. Coupables ou victimes ?   Devenir plusieurs femmes à la fois, un défi insensé.  L’idée de ce roman est née de mes...

Robert Desnos, le poète retrouvé

Légende d’un dormeur éveillé a pour « matière première » quinze ans de la vie du poète Robert Desnos. Je voulais le présenter aux lecteurs et lui rendre sa dimension de héros légendaire, faire revivre le Paris des années 30 et ses nombreux amis : de Aragon...

L’enfance de ma mère

Alors, je me lance: au départ, tout au départ de L’enfant-mouche, il y a l’enfance de ma mère. Ma mère a vécu une enfance très étrange, une histoire qu’elle nous racontait lorsque nous étions, mon frère ma soeur et moi, enfants. Il y était question...

L’ART DU DÉPLI

Je passe mon temps à une activité dont personne ne voit l’utilité. Un vieil ermite japonais, maître en origami, rencontre un jeune horloger italien au projet démesuré. Je fais sans doute comme vous : je passe mon temps à une activité dont personne ne voit...

Être résumé par sa différence ?

Dans quelle mesure un handicap ou une différence nous définit-il ? Comment est-ce que l'on peut vivre en étant "résumé" par sa différence ? Quelle image la société nous renvoie-t-elle de nous-même ? Tout commence peu avant le sixième anniversaire du...

On devient écrivain avec ses personnages

La Révolution est un objet littéraire passionnant. Celle qui aboutit à la chute du Chah d'Iran en 1979, va bouleverser l'équilibre du monde et offrir la zone sombre que Nuit persane tente d'explorer. J’ai dû commencer par étudier dans le détail historique...

Le jeu polyphonique des empêchées

Marie, treize ans, est enlevée et séquestrée. Tour à tour, le ravisseur et la victime racontent : lui ce qu’il croit être de l’amour, elle sa résistance intime, son acharnement à vivre. Cela vient de loin.  Lorsque je lisais ou écoutais les récits...

Un roman total sur la naissance

Cela fait une quinzaine d’années que je m’intéresse à la question de la naissance. Il y a quinze ans, discutant accouchement avec une amie allemande préparant des études de sage-femme, j’ai été stupéfaite de constater qu’un même acte pouvait être perçu à...

Recommencer, tout changer, mettre de côté, renoncer

Il y a un peu plus d’un an, je constituais un dossier pour demander une bourse dans le cadre d’un programme régional de résidences d’écrivains. Je souhaitais travailler sur la mémoire avec des enfants, dans une école maternelle et écrire le récit, à...

Les eaux troubles de la violence et des rêves brisés

Au commencement est la commande. Laure Mi Hyun Croset, écrivaine genevoise, me parle de la collection « Uppercut » que lance Giuseppe Merrone et sa maison d’édition, BSN Press, à Lausanne. Il s’agit de mêler sport et littérature, si possible dans un...

Lou, petite syllabe de feu

Une rencontre de hasard, et quelques jours aux confins de la folie amoureuse avec Lou, violoncelliste lancée dans la vie à crête de flamme. Contre le haut mal insidieux qui nous gangrène jusqu’à l’apathie, donnez-nous aujourd’hui Le mal des ardents, ce...

Personne ne sortira vivant d’ici

Davantage que la réflexion ou la rêverie, la marche à pied autorise, me semble-t-il, la pensée, la pensée créatrice.   C’est à la suite de longues échappées dans la ville de Varsovie puis de Cracovie, en Pologne, que s’est peu à peu imposé à moi...

Un livre est fait de ce qu’on a découvert sur nous-mêmes

Je ne sais jamais de quoi va parler un livre avant de l’écrire. Je crois écrire sur un sujet, sur une idée et finalement, les vraies questions, les vrais enjeux n’apparaissent que bien plus tard. Ils couvent certainement dans le terreau de l’histoire mais...

T’as 30 ans et t’as pas monté ta start-up ?

Marianne et Lucas ont sauté le pas de la création d'entreprise, rêve de toute une génération de banquiers fatigués et de consultants blasés. Mais pendant que leurs idoles gagnent des millions dans la Silicon Valley, eux peinent à décoller.   Les...

C’est juste un exorcisme de petite fille joueuse

Je ne l’ai presque pas fait exprès.  Je n’ai jamais nourri l’ambition d’écrire un roman d’apprentissage, sentimental, urbain, autour d’un personnage féminin, bourgeois et indépendant qui s’éprend de la liberté plus que de n’importe qui d’autre. Jamais. Je...

Un baiser qui vous prend par les pores de la peau

Un commissaire au bout du rouleau qui voit les morts lui parler en rêve, une orpheline de Tchernobyl, deux destins, une histoire.  La genèse de cette histoire policière est la rencontre entre deux personnages aux polarités opposées, mais tous deux engagés...

Un éblouissement littéraire aussi violent qu’un choc amoureux

J’ai découvert l’écriture de Charlotte Delbo en 2011, au cours de mes recherches sur Ravensbrück pour mon roman Kinderzimmer ; elle m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz-Birkenau par les mots, où je croyais exclu de pénétrer autrement...

Telle une promenade dans les cercles de l’enfer

Odyssée d'un ado en souffrance et en fuite, telle une promenade dans les cercles de l'enfer de Dante. Le son surgit et fonce sur lui, le nargue, fait hurler le moteur. Des bruits assaillent Thomas mais ils n’existent que dans la tête de cet adolescent qui...

Ce roman est né dans une salle d’attente

Ce roman est né dans la salle d'attente de mon hématologue. Je venais d'apprendre une mauvaise nouvelle concernant ma santé. Un myélome attaquait la moelle de mes os. Je n’ai pas pu m'empêcher de penser « miel homme ». Cela me paraissait plus doux, du...

Mon île

Un fils. Un père. Un grand-père. Pour une famille. La famille Orozco. Ici, on est pêcheur de père en fils, enfin c'est ce qui se dit, ce qui se transmet. Ce qui se transmet, tout est là. Dans cet héritage. Il n'est pas question d'argent ici, mais de cœurs,...

Je suis fleur bleue et cash à la fois

Féminisme et féminité sont-ils compatibles ? Etre femme, devenir femme, s’éprouver femme ? Ce questionnement est récurrent, obsédant presque. Un soir, il y a un an, j’ai pris la plume : «  Je suis très féminine, j’aime séduire, voire plus si affinités. Je...

Le sillage oublieux des légendes

Mon roman retrace la vie, ou les vies, car constituées d’expériences disparates parfois très éloignées les unes des autres, de Jeremiah Reynolds, né à l’extrême fin du XVIIIe siècle (1799, dix ans avant Poe, vingt avant Melville, auxquels il se trouve...

On est obligés de vivre sans tout comprendre de tout

Ils sont trois comme les trois doigts de la main : Cali, sa soeur jumelle, Ruben, le chien et lui.   Lorsqu’on étudie Pinocchio, le mensonge devient la question : on ne discute pas la couleur de la marionnette, on se demande : C’est quoi un être...

La petite Mimi

À Cologne, dans les années 30, le jeune critique d’art Max Hoka a épousé Rosa, et nage en plein bonheur lorsque les nazis s’emparent de l’Allemagne. Opposants, ils doivent s’enfuir. Après une halte à Paris, ils s’établissent à Sanary-sur-Mer, charmant...

L’éternel absent

Le trop attendu, le jamais venu. Elles s’aiment. Tout simplement. Seule ombre au tableau : un enfant qu’elles attendent comment on attend Godot. Le trop attendu, le jamais venu. Écrire sur soi est sans doute ce qu’il y a de plus difficile, de plus...

Le rythme des carcasses

Un ouvrier d’abattoir dans le Grand Ouest, à côté d’Angers, dans son frigo de ressuage où l’on refroidit les bovins une heure après l’abattage. Le grand défilé : des sacs de muscles, des sacs de nerfs, des sacs de sang.  Ce défilé, c’est le quotidien...

Il faudrait des conductrices de la tendre jeunesse

Sara Banzet, une petite vachère  de vingt ans avait décidé d’apprendre à lire et à écrire aux enfants du village livrés à eux-mêmes.   Ce qu’elle savait du vent, de la farine, du silence et des rêves.  Durant l’été 2001, la Région Alsace m’a invitée à...

Voyage au bout de la nuit d’Ebola

En 2014, le virus Ebola a frappé successivement la Guinée, la Sierra Leone, et le Liberia, dans une zone boisée transfrontalière et animiste, peuplée de chauve-souris, de trafics et de fantômes.Les forêts profondes: épicentre et chronique de l’épidémie,...

Un « gros roman technologique »

Ils vivent à Portland, à Singapour ou en Europe, ils sont YouTubeur, libraire, haut fonctionnaire portuaire, hacker, ils se font pirater leur identité, installent des câbles sous l’océan, rêvent d’écrire un roman. Ils découvrent le fonctionnement matériel...

À toutes celles qui n’ont plus que le chagrin

Le premier voyage transocéanique des veuves et des « orphelines » de fils tués lors de la Première Guerre et inhumés en France. Tous les morts n’ont pas de tombe.  D’où la nécessité pour celui qui reste, de pouvoir parler. Mais pour autrui, la...

Un Cluedo postmoderne

New York 1909. Pour enquêter sur la disparition de son fils, le milliardaire Vandergraaf recrute un duo surprenant : Sigmund Freud, le médecin et Harry Houdini, l’illusionniste.   Freud et Houdini affrontent les sommets et les bas-fonds new-yorkais....

La mémoire beaucoup, un peu, plus du tout

« Un des plus beaux présents que la nature puisse faire à un comédien, c’est la mémoire : si elle lui est infidèle, le personnage qu’il représente disparaît ; on ne voit plus que l’acteur. » C’est en lisant cette phrase de Dazincourt (1747-1809),...

Non, Lucrèce Borgia n’était pas une incestueuse !

Lucrèce Borgia (1480-1515 environ) a remorqué sa vie durant et pendant des siècles, la sulfureuse réputation, de s'être livrée avec son père, le pape Alexandre VI, et César son frère, à la pratique de l'inceste. Il faudra attendre les années 1930, pour...

La genèse des 7 de Babylone

Tout a commencé en décembre 2015, lors du salon du livre jeunesse de Montreuil. Cette édition a été particulièrement éprouvante. La première étape a été un plateau d’huîtres dès le mercredi soir, et les fêtes se sont enchaînées pendant cinq jours....

Good Morning la Terre, ici Cosmos !

Novembre 2016. Le monde se révolte contre la réalité des bombardements russes à Alep, tandis que l’isolationniste Donald Trump vient de remporter son ticket contesté pour la Maison Blanche. Quand, au milieu de ce capharnaüm de tensions internationales, un...

Le père n’est pas une mère sinon elle ne servirait à rien !

C'est au moment où ils veulent affirmer leur paternité que le constat s'impose : les pères sont une espèce en voie de disparition. Comment la société réagit-elle à cette évolution, en particulier sur les plans politique et juridique, car la vraie question...

Un pseudonyme n’est qu’une façade

Un pseudonyme n’est qu’une façade, mais ne résout pas les traumatismes d’un passé qui n’attend que l’heure fatidique pour mieux réapparaître.  Suivant le parcours de son modèle Claude François, John Maclaurie, 27 ans, fera en sorte de réussir à atteindre...
À propos

Il y avait des rivières infranchissables

Marc Villemain

Joëlle Losfeld

Si je veux retrouver la source de mes rivières infranchissables, alors il me faut aller puiser assez profondément dans le temps. Et tant pis si la nostalgie n’a pas vraiment la cote en notre époque furieusement en marche, laquelle se plait à y voir le levain romantique d’un possible passéisme politique et un empêchement à la nécessaire adaptation des hommes au cours du monde ; au mieux un sentiment ombrageux et malsain. Du haut de ma seule échelle individuelle pourtant, j’ai fini par accepter l’idée que ce que j’étais, comme homme, comme écrivain, tenait en large part à ce que je fus. Ce que je fus ? Un enfant et un adolescent à la fois espiègle et sombre, contemplatif et rageur, volontiers tenté par les marges mais sensible par-dessus tout à la douceur, à la tendresse, à certains élans purs. Moi qui ai longtemps professé une sorte d’éthique de l’engagement, me voilà donc renonçant aux raisonnements, aux théories, aux objurgations morales et autres édifications, me voilà délaissant le général pour ne me laisser envahir que par des sensations particulières et attendre que montent en moi, jusqu’en mon écriture, ces choses infimes qui ne disent rien du monde mais fondent une singularité. Me voilà m’examinant, moi-même et ma génération, au reflet sensible que nous présente le petit miroir du temps. Sans doute suis-je en cela, comme tant d’autres, enfant du grand désenchantement spirituel, idéologique et prométhéen – et sans doute, demain, dira-t-on le plus grand mal de nous.

 

Peut-être aussi arrivé-je à un âge où il m’est difficile de ne pas éprouver la pression qu’exerce cette espèce de cheville ou de levier qui accélère la bascule du temps. Il est probable que cet « effet cliquet » explique en bonne part l’envie de revisiter mes premiers émois amoureux, certes pour le plaisir un peu régressif – donc délicieux – d’exhausser quelques sensations de jeunesse, mais aussi pour donner à mon être amoureux son caractère définitif et contemporain. Car c’est là malice de toute nostalgie bien comprise : elle confère au présent une densité renouvelée. À cette aune, et pour peu que l’on accepte de le lire entre les lignes, Il y avait des rivières infranchissables constitue donc autant un retour sur moi, un retour égocentrique si l’on veut, qu’une déclaration de confiance et d’amour à mon devenir – autrement dit à la femme que j’aime au présent.

 

Je sais bien par ailleurs comment et pourquoi le travail sur ce recueil a pu modifier, réformer mon écriture. Je passe sur le défi littéraire – esthétique, disons – que représentait la perspective d’un livre s’attachant à explorer le domaine tellement visité déjà des amours enfantines et adolescentes ; ce défi m’enchantait, m’amusait même : j’ai toujours pensé qu’il était possiblement autant de manières de dire l’amour que de le vivre. Reste que pour la première fois (et j’ai envie d’y voir un autre point de bascule, mon entrée dans un autre temps de la vie induisant l’entrée dans un autre temps de l’écriture), je n’ai écrit qu’à partir de ce qui montait en moi, cette mémoire extrapolée ou raccommodée, pure quoique travaillée, taraudée par le temps, ces mots simples et premiers qui viennent à tout être éprouvant un sentiment trop nouveau ou trop fort : j’ai délaissé mon être littéraire conscient et n’ai rien souhaité d’autre qu’écrire sous le seul empire des sensations recouvrées. Mon seul travail alors fut de les apprivoiser, de les alléger de leur tendance naturelle à l’affectation ou à l’outrance, de les nettoyer d’une chair toujours un peu trop grasse, de les désosser afin de dire au mieux ce qu’il peut y avoir d’absolument universel dans la singularité infinie d’une émotion particulière. Au fond, je n’ai pas tant voulu sublimer mes petits émois amoureux, eussent-ils été fondateurs, que dire la grande beauté des petites choses et le continuum amoureux qui n’en finit pas de bousculer nos vies. Il m’a seulement fallu pour cela reconnaître – comme on reconnaît un frère – la part de romantisme dont je suis aussi fait.

 

Portrait de Marc Villemain  : isabellesimon©sipa

 

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